The Vintage Corner : Marantz 1060



Marantz - Compte rendu d'écoute de l'intégré Marantz 1060

Consultez l'expérience de Casimir

Fin de la présentation succincte et partisane, pour introduire l'intégré Marantz 1060, dont vous trouverez une photo extraite du catalogue Marantz de 1973 ci-dessous.

Dans la gamme Marantz, le modèle 1060 jouit d'une réputation particulière. Les collectionneurs semblent vraiment apprécier ce petit intégré, certains n'hésitant pas à en acheter un de plus chaque fois que l'occasion se présente, d’autant qu’il se trouve facilement entre 100 et 150 roros : une somme raisonnable. Voici donc une présentation de ce petit nerveux dans les lignes suivantes.

A l’époque des années soixante dix, on avait tendance à supposer une corrélation entre le nombre de boutons et la qualité de l’appareil. Dans le cas du Marantz 1060 les boutons sont plutôt nombreux. Qualité supérieure ou pas, la retombée positive de l’inflation des boutons se retrouve dans les multiples fonctionnalités. Les filtres passe-haut ou passe-bas, et autres possibilités anecdotiques mises à part, on retiendra toute de même le nombre d’entrées important : cinq de haut niveau, une entrée phono, ainsi qu’une entrée micro.

Disposant de sections ampli/préampli séparables, cet appareil décidément versatile peut être accommodé à toutes les sauces : en tant qu'intégré, bien entendu, mais aussi comme préampli, ou parfois comme simple ampli casque.

En tant qu'intégré le 1060 est réputé pour la parfaite adéquation entre les sections préampli et ampli. C’est souvent l’animateur du second système de la maison, celui dont on dispose dans la chambre ou au bureau : le système qui ne doit jamais agresser, que l’on écoute tranquillement et qui distille de la musique à longueur d’année.

Utilisé en tant que préampli, le 1060 a été comparé à des références bien plus prestigieuses, dont je préfère taire le nom. Inutile de créer de stériles polémiques, d’autant que certaines de ces comparaisons me laissent a priori circonspect.

Comme ampli casque, de nombreuses personnes prétendent qu'il est inutile de dépenser des fortunes, le Marantz 1060 faisant partie de l'élite...

Pour conclure la partie ragots, citons M. B. qui indique que "le schéma est simple, sympa et efficace, et avec quelques modifications ça marche super."

Alléché par tant de promesses, je savais qu'un jour j'aurais mon exemplaire ! Mais je n'étais pas pressé, je voulais le bon, celui en parfait état, jamais sorti du carton, oublié dans la remise de quelque magasin obscur ou pourquoi pas (et plus réaliste) sorti tout droit d’une capsule temporelle. Sans compter qu’à force d’en parler, j’avais fini par contaminer Casimir.

Or, ne voila t-il pas qu'au même moment, sur la baie, se trouvent en même temps deux exemplaires. Un en Allemagne, supposé nickel et en parfait état de fonctionnement (c’est pour moi), et un autre en France, dont un canal est en carafe, mais dont les enchères ne montent pas : le sommet pour Casimir !

Casimir et moi ayant enchéri et gagné chacun de notre côté, nous reçûmes chacun le notre durant la même semaine.

De retour de la poste, je déballe fiévreusement l’objet tant attendu du carton en provenance d’Allemagne, pour en extraire un appareil d'une saleté grasse et repoussante. Le précédent propriétaire devait se servir des transistors pour ses grillades. Un bref examen visuel met en évidence un châssis légèrement tordu, puis l'absence des « Outlets » que je comptais utiliser avec le 140.

Tant pis, voyons s’il fonctionne. Je commence ma procédure de test, un peu fébrile. Capot ouvert pour vérifier que rien ne brûle, je pousse le bouton Power, puis j'attends cinq secondes. Rien n'a explosé ni brûlé, je continue. Je branche le multimètre sur les sorties HP, et remise sous tension : quelques milli volts à gauche et rien à droite. Je cherche le Pocket PC qui me sert de source dans ces cas là, je branche le casque... Aie aie aie, un seul canal, c'est pas bon, et ça correspond à la lecture du multimètre. Je trifouille tous les contacteurs et les potards, et au bout de quelques secondes de manipulations frénétiques j'entend crachoter sur les deux canaux : voila qui est bon signe, il fonctionne ! Après quelques manipulations supplémentaires, j'ai les deux voies, mais c'est terriblement mauvais, cela crachote et le son est sale. Bon, je laisse sous tension et passe quelques minutes sur autre chose, avant de revenir et sentir une odeur de brûlé dont l'origine semble être l'appareil. Power off.


Coup de fil au Casimir, qui me propose de passer chez lui avec l'engin, et il me montre le sien : un 1060 dans un superbe état extérieur, avec le User Manual en anglais, une traduction manuscrite, la facture originale… Le propriétaire précédent devait être un maniaque, il avait conservé son appareil avec grand soin ! Et zut, il n'y a de la chance que pour les crapules : Casimir, je suis jaloux ! Oui oui, bien sur que je te laisse le mien pour que tu t’en occupes, merci de ta proposition.

Le lendemain Casimir me propose de repasser prendre mon mien à moi. Il lui a fait prendre le bain, a nettoyé les potards et les contacteurs avec la bombe miracle, puis a utilisé un produit top secret pour les cinchs (le pire c'est que ça marche, mais j'ai juré de ne pas en parler, sachez seulement que le prix est honteusement élevé). Lorsque j'arrive, les deux 1060 sont le ventre ouvert, et le Casimir commente :

"Ouaip, c'est la crasse qui puait le brûlé, mais maintenant c'est bon, il est propre le coco. Regarde, entre nos deux modèles, il y a deux ans d'écart, ce n'est pas exactement la même chose, le tien est plus récent. Remarque l'implantation des composants différente là et là... Et puis tes condos ont été changés, les miens semblent d'origine et rincés... Je vais faire partir une commande. J'ai une voie en HS, va falloir que je me penche sur la question... Mais je n'ai pas le temps."

Voila ce que c'est que de rendre service à tout le monde, mon pauvre Casimir : tu n'as plus le temps de t’occuper de tes appareils ! Enfin, je profite largement des compétences et de la disponibilité : je jubile, mon 1060 est tout propre et opérationnel !

Je demande au Casimir s'il l'a écouté, et ce qu'il en pense. Mais Casimir vous ne le connaissez pas vous, hein ? Laissez moi vous dire que son vrai nom c’est « Monsieur Difficile » : si ça lui plait un peu, cela signifie que l'appareil est très bon, et s'il trouve très bon, c'est sûrement extraordinaire...

"C'est doux et facile à écouter, pas du tout agressif. Branche le et tu me diras ce que tu en penses."

Je rentre chez moi, je fais attention au sens de la prise, et je le branche entre le convertisseur Audio Synthesis et mon ampli Marantz 140, en tant que préampli. Misère, je perds tout l'aspect sauvage que j'adore sur le 140. Je n'ai plus ces basses à terrasser une équipe de All Black complète, la dynamique est atténuée, les basses tronquées. A la première écoute je ne suis pas séduit, et comme j’ai le 140 depuis peu, j'ai envie d'en profiter encore sans être gêné par le 1060 qui perturbe mon évaluation. Bref, le 1060 me gonfle, je le débranche et je le range.

Commentaire du Casimir : "C'est pas en le branchant comme ça que tu vas te faire une idée, c'est n'importe quoi !". Il a raison Casimir, mais je n’ai pas le temps de l’écouter pour l’instant.

Les semaines passent. Je récupère un prototype de préampli dont le concepteur est très fier. Je le branche et j’écoute. A mon goût, le prototype propose un bas du spectre atténué en terme de niveau. Le grave n'est pas vraiment tronqué, mais il manque de niveau, il est en retrait. D'autre part je ressens un vrai gros manque de dynamique par rapport à mes habitudes. Toutefois, il faut reconnaître que la définition et la transparence dans le médium et le haut du spectre sont excellentes : cela ressemble à une proposition sonore "à l'anglaise", dixit Casimir : sobre et élégant. La proposition à l’anglaise, ce n’est pas ma tasse de thé (jeu de mots), mais de toute évidence on pourra trouver bien plus cher pour bien moins bon.

Puisque le 1060 est toujours là, je le branche en tant que préampli, je compare vaguement, et puis je le laisse branché (c'est bon signe). Et les jours passent. Je dois rendre le proto à son concepteur, finalement sans trop de regrets : je préfère le 1060. La première écoute à la va vite avait été réalisée sans laisser l’appareil chauffer une bonne vingtaine de minutes. Alors que depuis quelques jours qu’il tourne, j’ai vraiment l’impression que les choses se sont améliorées. Moralité : ne jugez pas un appareil vintage qui n’a pas tourné depuis un moment sur les dix premières minutes d’écoute… Pffff, je suis con des fois quand même.

Contrairement au proto, dans le grave le niveau du 1060 ne me semble pas atténué. Sans compter que sur l’intégré Marantz la dynamique du préampli est plus importante, plus en phase avec ce que j’apprécie. En matière de définition les deux appareils se valent. Toutefois, le 1060 me parait plus vivant, et chose curieuse, il me semble que par rapport au convertisseur A/D en direct sur l'ampli, la focalisation des instruments est plus précise. Sur le critère de transparence, c'est tout bon, l'appareil n'a pas de signature sonore marquée, les beaux timbres du convertisseur sont conservés. Dans le haut du spectre, rien à redire, c'est fin et détaillé, avec du niveau. Et pour finir, malgré la dynamique satisfaisante, l'appareil est doux, agréable à écouter : le contraire d'un équipement froid et brutal que l'on a envie d'éteindre.

Parler de la section préampli sans toucher un mot de l'étage phono serait sacrilège. Ayant prêté ma base mécanique CD pour quelques jours et n’ayant aucune envie de brancher une pourriture pour la remplacer, j’ai donc exhumé la platine vinyle et passé une semaine à écouter des microsillons avec un plaisir non dissimulé. J’ai ressorti mon vieil album de Supertramp « Crisis, what crisis ? », celui de l’époque du concert à Paris avec 13 spectateurs (dont 2 payants). Et puis ensuite les Rickie Les Jones, les Dire Straits, Police, U2… Un vrai régal ! A l’époque de la sortie du Marantz 1060, il y avait essentiellement deux manières d’écouter de la musique : soit avec un tuner, soit avec une platine vinyle. Ce doit être pour cela que les tuners de l’époque étaient souvent excellents, le haut de gamme représentait le savoir faire d’une marque. Dans le même esprit, les sections phonos étaient conçues avec soin.

En récupérant ma base mécanique CD j’ai même réalisée une petite comparaison. J'ai utilisé un album que je possède en vinyle, en CD audio, et en copie de CD audio sur un CDR de mauvaise qualité. Il s’agit de l’album de “Talk Talk” intitulé “The color of spring”. Le CD audio original est sensiblement devant le CDR, et le microsillon est largement devant le CD : les timbres sont plus réalistes, les instruments mieux placés, avec « plus d’air »... Pfff, quand même, une bonne platoche, c’est quelque chose ! Pour revenir au 1060, vous l’aurez compris, la section phono est tout à fait convenable !

Au fil des semaines, force est de constater que j'apprécie de plus en plus le 1060. En comparaison, le Marantz 1030, le premier modèle de la série des petits intégrés, est sympathique avec une sonorité qui rappelle les amplis à tubes, un coté rond, doux et chaleureux, typé et absolument adorable. Le Marantz 1060 n'est pas dans la même catégorie, c'est un appareil sensiblement plus puissant, plus défini, avec une proposition sonore plus neutre.

Je dispose d’un casque électrostatique qui se connecte sur les sorties HP des amplis. L’écoute de ce type de casque est révélatrice : tout ronflement, souffle et autre exotisme est repéré immédiatement. Connecté au 1060, il n’y a rien à signaler pas de bruit de fond, pas de Hum and Buz, alors même que l’on aurait pardonné un léger ronronnement pour un appareil âgé de trente ans.

Pour en revenir à la question des casques sur le 1060, je dois avouer que mon casque en technologie classique est une sombre merde, je n'ai donc aucun avis sur la sortie casque présente sur la façade. Si un généreux donateur décide de se séparer de son AKG 240 Monitor Studio, de son gros Sony ou de son petit Senheiser, je suis preneur.

Mmm... Voila, ce mois-ci j'ai deux écoutes de prévues chez moi. Demain le concepteur du préampli proto vient avec un de ses amis, je vais leur faire écouter mes vieilleries, mes appareils tordus, sales et qui puent la graisse de cuisson brûlée. Il se peut que l’écoute ne leur plaise pas, mais en tout cas ça me plait à moi : voila bien l’essentiel.

Complétez votre lecture par le compte rendu de l'ampli Marantz 140 !

http://i173.photobucket.com/albums/w48/renaudmumu/MarantzSC6.jpg
Mignon tout plein !