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Audio Research Corporation - Le mystère du SP 11



Le mystère du SP11

Durant des années, j'ai idolâtré aveuglément toute la production de la firme de Plymouth. Durant les années 80 & 90, les produits d'ARC ont marqué l'histoire de la HiFi. Si les tubes existent aujourd'hui dans l'Audio, c'est certainement parce qu'Audio Research a produit des électroniques hors du commun, des références absolues, en utilisant des tubes ou des appareils hybrides.
 
Dans la série des appareils mythiques (pardon pour ceux que je ne cite pas), on trouve le préampli SP10. C'est un préampli tout tube (12 tubes dans le coco !), introduit en 1982, qui connaitra 7 révisions. En 1987 sortait le SP11, un préampli qui reprenait le style "deux boitiers", un pour l'alimentation, le second pour le préampli, mais dans un schéma hybride. Le SP11 ne remplaçait pas le SP10, c'était un nouveau produit, complémentaire. Peu après sa sortie arriva le SP11 MkII (à préférer à la version précédente).
 
Lors de sa sortie, et j'allais écrire "comme d'habitude pour un ARC", le SP11 défraya la chronique : il était horriblement cher, et la critique en faisait la nouvelle référence. Après que le soufflé soit retombé, bien des années après, il reste que les deux tiers des vrais puristes de la marque préfèrent le SP10, alors que le tiers restant penche du côté du SP11.
 
Durant ma vie d'audiophile, j'ai eu l'occasion d'écouter de nombreux produits ARC, avec toujours un certain bonheur (et même un grand bonheur avec mon fidèle Classic 60). Toutefois, lorsque j'eus l'occasion d'utiliser le SP11 dans mon système, je fus extrêmement déçu.
 
Comment diable un préampli encensé de la sorte par la presse pouvait être aussi mauvais, largement dépassé par un vulgaire Marantz 3250 sur presque tous les critères : bande passante, dynamique, qualité des timbres, et plaisir d'écoute ? Le seul point sur lequel le SP11 marquait sa différence était dans la présentation holographique du message sonore : la capacité à présenter une image en trois dimensions, et même au-delà ! Au-delà ? Oui, bien au-delà, mais nous y reviendrons.
 
La section phono du SP11 est réputée pour être une des meilleures (de toutes manières, c'est une sorte de refrain chez ARC, les sections phonos sont toujours largement devant la concurrence). Un jour qu'un spécialiste des platines vinyles venait à la maison, nous tentâmes d'écouter le SP11. La qualité du préampli n'était pas celle attendue au regard des commentaires internationaux, et nous eûmes tôt fait de retourner sur le Marantz 3250. Vincent indiqua qu'il n'aimait pas le SP11, que c'était comme toujours, "détimbré dans le médium aigu".
 
Un autre jour un ami vint écouter quelques CD. Sans faire de commentaires, sur l'album live du Trio Keith Jarrett au Japon, après un échange de préampli, mon ami préféra le Marantz 3250.
 
En laissant choisir le préampli par les auditeurs, il se trouvait que mes impressions étaient confirmées. Alors comment un appareil aussi moyen pouvait-il être autant encensé par la presse et par ses acheteurs ? Est-ce que la totalité de la presse était "vendue" ? Et que les acquéreurs n'osaient pas se déjuger après une dépense pharaonique ?
 
Je continuais à chercher. Problème d'amplis ? J'essayais tout : du tube, du transistor, de la classe N... Du petit tube, du gros tube, des transistors modestes, des plantpower, des câbles courts, des longs... Jusqu'à laisser le Marantz branché à la place de cette appareil que je ne comprenais pas.
 
Un jour, mon ami Eric, concepteur d'électroniques, vint à passer chez moi. Nous étions fatigués l'un comme l'autre, et nous passâmes la soirée à écouter à faible volume sonore des microsillons en compagnie du Classic 60, du Marantz 3250 et d'une platine vinyles... Qui produisit sont petit effet, puisqu'Eric comprit enfin ce que les vinyles pouvaient donner. Durant la soirée, j'expliquai à Eric mon désarroi face à cet appareil, ce SP11 qui ne "marchait" pas, ce qui n'était pas conforme à sa réputation. J'évoquais l'éventualité d'acheter des super-tubes pour faire un autre essai, seulement sur le circuit ligne, pour tenter une dernière fois d'obtenir de bons résultats.
 
Deux jours plus tard, Eric m'envoyait le message suivant :
 
J'ai étudié le schéma du SP11. Bonne nouvelle, l'étage linéaire n'utilise que deux tubes V4 et V5 de référence 6DJ8. Le dernier tube V6 est pour la sortie inversée.
 
Pour réduire le nombre de commutateurs traversés par le signal audio, il faut positionner les switches comme suit :
-Normal/Copy sur Copy
-Source/Monitor sur Monitor (oui !)
-Normal/Bypass sur Bypass
Se brancher sur la sortie DIRECT
 
Dans cette configuration, le potentiomètre de balance et le commutateur de mode (Mono, Reverse...) ne sont pas actifs.
 
 
Le potentiomètre Level attaque le premier étage d'amplification qui à un gain de 29db (Av = 28), le potentiomètre Gain attaque un étage suiveur, gain de 0db (Av=1). C'est un peu étrange d'avoir positionné l'étage de gain avant l'étage suiveur !
Pour un fonctionnement optimum il faudrait que Level soit à fond et régler uniquement Gain. Envisageable si l'on écoute l'entrée phono avec une cellule à bobine mobile, mais inenvisageable avec un lecteur CD. Cela risque de saturer en permanence le premier étage d'amplification. ( 2Vefficace en entrée X 28 = 56Vefficace !)
 
L'idéal serait d'inverser l'étage de sortie à gain unitaire et l'étage d'amplification. C'est possible en inversant les valeurs des résistances de ces deux étages. Toutefois ce gain élevé de 29db est excessif pour écouter un CD. Le potentiomètre de volume resterait dans ses premiers crans. Pour info, dans mes préamplis, le gain est de 8,7db (Av = 2.7). Il faudrait donc aussi réduire ce gain excessif.
 
Bref un préampli optimisé pour l'écoute d'un phono à bobine mobile,  pas vraiment pour l'écoute d'un CD.
 
Bonne écoute

 
 
Je rebranchai fébrilement le SP11, effectuai les réglages indiqués, et confirmai par l'écoute la qualité reconnue de l'appareil.
 
Je trouve cette histoire riche d'enseignements. Le premier a été d'appliquer la même recette dans l'utilisation du SP14 ! Les autres, chacun les trouvera. Mais je ne saurais conclure sans indiquer ceci : je sais rester humble devant les appareils. Plutôt que de d'affirmer "que c'est de la merde", je suis d'une obstination conséquente (et des amis précieux), et parfois, cela paye !
 
Bad company :
 
http://i173.photobucket.com/albums/w48/renaudmumu/Audio%20Research/IMG_6779.jpg