The Vintage Corner



Marantz - Marantz CD94 - Upgrade TVC

Janvier 2010 - Renaud et Rémi


Sommaire




Introduction


Dans un article précédent, nous avions détaillé le best-seller de Marantz et regretté la mauvaise qualité de la sortie SPDIF, à comparer aux autres machines sur page SPDIF Hall Of fame.

Aujourd'hui nous proposons de mettre à jour la Marantz CD94 afin de transformer cette vieille platine en drive exceptionnel, de la même manière que celle utilisée pour les Philips CD931 et 951 et autre drive TEAC T1.



Les nouveaux lecteurs peuvent se demander comment opérer un tel tour de magie. En fait, il n'est en aucun cas question de magie dans cette opération. Reprenons les trois fondements de la démarche :

La proposition du drive de course se résume ainsi : jetons notre dévolu sur une platine quelconque, installons une horloge aux performances mesurées et une sortie SDPIF excellente et nous aurons notre platine exceptionnelle. L'opération a déjà été effectuée sur une vulgaire les Philips CD931 et sa non moins vulgaire grande soeur 951 en produisant des résultats vraiment spectaculaires, il est temps d'exercer la curiosité sur le best seller de Marantz !



Des écarts aux mesures ?


L'approvisionnement en composant peut s'avérer être un sport difficile à pratiquer. La disparité de la qualité des composants fait que les modules d'horloge, pourtant assemblés avec les mêmes "références catalogues", présentent des différences aux mesures ! C'est pour cela qu'après assemblage sont réalisées des mesures, un classement et une identification spécifiques : absolument tout ce qu'un vendeur chinois apparaissant et disparaissant sur internet au grès de lots à vendre ne fera jamais : c'est que le contrôle qualité, la traçabilité, cela coûte cher !

En ce qui concerne la sortie SPDIF, c'est très simple, on passe de la photo 1 à la photo 2. Sur les données numériques, on peut voir les différences suivantes !
SPDIF d'origine : Niveau du signal (Pic à pic) : 701mV, temps de montée : 17.41ns, temps de descente : à peu près identique, le calcul de l'appareil étant erroné...
SPDIF TVC V1  : Niveau du signal (Pic à pic) : 2.1V, temps de montée : 2.786ns, temps de descente : 2.308ns

Quelques commentaires : l'important est de proposer un signal SPDIF propre à l'entrée du convertisseur afin de ne pas ajouter de jitter induit par la transmission. Avec un niveau de sortie de 2V plutôt que 701mV et des fronts de montée et descente très rapides, le convertisseur travaillera dans de meilleures conditions. Ce que les données ne montrent pas vraiment, c'est aussi la forme des plateaux qui doivent être bien horizontaux.




MARANTZ CD94 SPDIF d'origine



Marantz CD94 SPDIF TVC V1


Pour rappel, voici les différentes classe d'horloge :

Dans la Marantz CD94 que nous comptons utiliser en tant que "vitrine technologique" nous installons un module dont Rémi parle ainsi "un quartz parfait mesuré ces deux derniers jours, 359 fs"


Matériel à greffer


Voici en photo les deux modules qui vont être intégrés au Marantz CD94.

Tout d'abord le module SPDIF sur lequel se trouve le connecteur BNC (ainsi que le câble numérique proposé par TVC) :





Et le module d'horloge sur lequel se trouve le quartz excellent aux mesures (les mesures le placent en TVC-Classe A, celle définie comme un rms jitter déduit  du bruit de phase <500fs avec une mesure à 352fs):




Comme le dit Rémi qui a réalisé l'opération sur son Wadia WT3200 "les deux machines ont une base commune, mais le WT3200 est un drive, alors que le CD94 est un lecteur (c'est à dire avec convertisseur intégré) : tout se passe autour du SAA 7220" !

Dans le Marantz CD94 le SAA7220/B se trouve sur une carte déportée sur le flan du boitier.



"Tout se passe autour du circuit SAA7220" : sur la photo, contre le SAA7220/BP à droite se trouvent le quartz et ses deux condensateurs de charge. Ces composants constituent l'horloge que l'on va remplacer : opération spécifique à chaque lecteur qui demande pour chaque exemplaire une petite étude des domaines d'horloge. Cette étude est grandement facilitée par la lecture du service manual que l'on peut trouver  pour notre plus grande joie sur le net.

Pour installer le module Clock, il est nécessaire de déposer ces trois composants. Le signal 2Is délivré par la mécanique est envoyé au 7220 qui représente "l'encodeur" de signal SPDIF. Il est nécessaire de récupérer le flux numérique au plus près du composant... Sur la pinoche n°14 ! Le signal SPDIF se balade un peu partout dans le boitier jusqu'à la sortie d'origine et les mesures montrent sur la prise RCA du Marantz qu'il n'y a pas de quoi sauter de joie !

Pour injecter le signal clock il faut entrer sur XIN du SAA7220 soit la patte 11 . Normalement, un des deux condensateurs de charge est directement connecté sur la pin XIN.




Circuit SAA7220P


Petit retour sur le circuit Philips SAA7220P : ce circuit réalise le filtre numérique et l'encodage SPDIF. Trois versions ont existé, la version 7220P/A a été conçue pour les fréquences 32kHz et 44.1kHz +/-10% et 48kHz zéro tolérance. La version B permettait de gagner un dB dans la bande passante du filtre FIR. La version 7220P/C a été conçue pour les applications satellites - qui utilisaient le 32kHz -  en améliorant les performances pour cette fréquence... Inutile donc de faire la chasse à la version C !

Plus drôle, il me semble qu'un lecteur Marantz a été commercialisé... Sans SAA7220P mais avec un circuit programmable intégrant une émulation du circuit, pour retrouver le bon vieux son des années vintage ! Par contre, impossible de retrouver la référence au moment où ces lignes sont écrites.



Installation des composants


On a toujours l'impression de disposer de beaucoup de place, mais finalement installer le module SPDIF sur la face arrière du boîtier mérite quelques réflexions en matière de placement. Les nouveaux modules SPDIF TVC seront plus faciles à installer car le connecteur se situe dans le prolongement du module, alors que sur la version 1 il remonte vers le haut...

Pour l'horloge, en attendant d'étudier une solution générale plus pragmatique, elle sera fixée avec du ruban adhésif sur la carte. Cette opération est assez facile à réaliser car la carte contenant le SAA7220 se dévisse facilement et seuls deux ou trois connecteurs sont à débrancher : vraiment très confortable, on pourrait même proposer de changer l'horloge à un propriétaire du CD94 juste en lui demandant d'envoyer cette petite carte !








Le boitier du CD94 est assez spacieux, et les opérations sont réalisées en moins d'une heure : hourra !



Et après ? Résultats d'écoutes ?


Il y avait une sorte de jubilation malicieuse à proposer l'écoute du système avec les Philips modifiées, des machines ne payant pas de mine aux performances décoiffantes, "un moteur et un chassis de F1 dans une carrosserie de 2cv" comme le dit si bien Jonathan.

Bon-bon, mais la CD94 alors ? Et bien, Rémi était peut être dubitatif sur la Marantz avant de l'avoir vue et modifiée. En effet, disposant du Wadia WT3200, il avait certainement tendance à considérer le Marantz avec une commisération de nanti. Pourtant la CD94 est loin d'être le parent pauvre du Wadia WT3200, même si les deux lecteurs partagent nombre de composants. Enfin, peu importe, Rémi a définitivement changé d'avis en considérant les lignes toujours douces et mesurées du CD94 en comparaison de l'aspect "fiancée de Dark Vador" du Wadia !

Le lecteur a été installé et écouté durant plusieurs semaines dans un ensemble qui aura évolué autour du lecteur, afin de bien le cerner. Au sujet des convertisseurs, grand écart puisque la platine aura été écoutée avec un vénérable Wadia 1000 et aussi avec une machine moderne excellente (disposant d'un réglage de niveau de sortie). Préamplification à tubes avec le Wadia 1000, sortie directe du DAC avec l'appareil moderne, vers une amplification à tubes (AL2 Cochet).

Avant d'aller plus loin, affirmons l'essentiel : toutes les qualités présentes sur les Philips CD931 et 951 sont retrouvées sur la CD94... Avec pour différence la possibilité pour votre humble serviteur de garder la platine (les deux Philips font le tour des volontaires) et donc d'effectuer de nombreux essais. La différence avec les Philips prototypes étant essentiellement le plaisir procuré par l'utilisation d'un bel équipement.

Commençons les commentaires d'écoute par la partie qui pourrait fâcher. Poussé par la curiosité, un test a été effectué en utilisant la conversion interne du lecteur le 16bits de l'époque, le TDA1541. Ce test n'a pas duré très longtemps car c'est une véritable torture ! Cela ne condamne pas le TDA1541 dans une configuration NOS - phénomène de mode ou vérité révélée ? - mais la configuration "standard" n'est pas très convaincante. Considérez cela comme une indication : même avec l'horloge modifiée, la CD94 est bien loin de ce que peut proposer par exemple l'ajout d'un Wadia X32 qui était plus ou moins son contemporain. A bon entendeur, et cotera...

Alors, oui, en connectant une convertisseur de qualité au CD94, l'on retombe bien évidemment dans la même expérience auditive que pour les Philips modifiées précédemment. Quelques mots pour insister sur le "bien évidemment", car la constatation des résultats d'écoute reproductibles, d'une base Philips CDM9 à une autre base Philips CDM1 de génération différente est une grande source de grande satisfaction. Il s'agit de la preuve subjective (oxymore) que la piste des modifications explorée est la bonne ! Cela devrait mette en joie les propriétaires de belles mécaniques des années quatre vingt, je pense en particulier aux superbes Micromega telle que la CDF1 Digital, qui peuvent être remises à niveau et jouer à nouveau dans la cour des grands.

Dans le soucis didactique propre à TVC, inutile de résister à l'envie de proposer trois lignes sur la petite histoire de la Hifi ! Rappelons donc qu'en 1985 Sony avait proposé un ensemble lecteur et convertisseur séparés, les Sony DCP 552 ESD et DAS 702 ES. Ce qu'annonçait Sony, c'était que l'on allait pouvoir utiliser dans le futur des appareils externes pour convertir les données extraites par les appareils numériques aux trois fréquences 32 (tuners), 44.1(CD) et 48KHz(DAT).

Et pourtant, lorsque Wadia proposa ses convertisseurs à partir de 1988, il y a eu un période de petit flottement... En effet, Wadia constata assez rapidement que ses convertisseurs n'arrivaient pas à verrouiller systématiquement tous les lecteurs (sans conter la disparité des résultats sonores), à cause de la mauvaise qualité du signal disponible sur le connecteur RCA. C'est pourquoi Wadia effectua plusieurs développement : boite d'interconnexion pour le Wadia 2000, liaisons optiques verres pour les appareils, contacteur "Clock Accuracy" pour le Wadia X64 et refonte complète des étages d'entrée du X32 !

Aujourd'hui, avec l'adjonction des deux modules TVC (SPDIF et horloge) dans la vieille Marantz CD94, le signal numérique envoyé vers le convertisseur permet à ce dernier de travailler dans les meilleures conditions possibles et d'offrir le meilleur du numérique au format Red Book.

Revenons à l'écoute ! Pour le Wadia 1000, il me semble ne jamais l'avoir entendu fonctionner aussi bien, avec une finesse d'analyse, une richesse de timbres, une délicatesse inouïes  et cette facilité déconcertante à suivre si aisément le jeu de chaque instrumentiste. Chaque disque est un plaisir immense, une révélation extraordinaire. Bien certainement l'écoute d'un système n'est pas uniquement effectuée dans le but d'entendre le tabouret du batteur grincer, la porte du studio s'ouvrir pour laisser percevoir les bruits de la circulation, les pas du chanteurs s'approcher du micro... Mais lorsque tous ces détails auparavant masqués viennent à apparaitre, alors le sentiment de participer l'événement, l'illusion d'être présent pendant l'enregistrement sont très forts.

Utilisé avec l'un des tout meilleur convertisseurs modernes aux qualités sonores reconnues par la critique (et les clients fortunés), la Marantz CD94 modifiée donne le sentiment de devenir complètement fou. A de nombreuses reprises un retour en arrière de quelques secondes permet de confirmer que l'on vient de découvrir sur le disque des "informations" qu'une ou deux décennies d'écoutes attentives n'avaient pas mises en exergue. Et l'on ne pourra dire que le système a évolué, puisqu'il s'agit toujours des mêmes vieilleries vintages !

Bien entendu la contrebasse est présente dans la pièce, la scène sonore est grandiose mais...  A partir du haut médium jusqu'en haut du spectre sonore le niveau de définition est véritablement extraordinaire. Le niveau de détail est incroyable, la platine est au delà de tout ce que l'on pouvait espérer du format défini par Philips et Sony. Sur le disque du Trio Soma enregistré par M. De Haro au Studio La Buissone  heuu, comment dire, la reproduction est tout simplement inouïe. Sur le disque de Daniel Lanois - Acadie - on entend enfin ce que l'on n'avait pu que supposer auparavant, on accède à une présentation en trois dimensions de la scène sonore, aux ambiances, aux petits détails jusqu'alors inaccessibles.

Lors d'une visite, Rémi s'esbaudissait à l'écoute de la platine :  "Comment peut-on avoir mieux ?" demandait-il. C'est un autre débat, pour l'instant restons concis : le sentiment que cela donne est celui de la fin d'une quête : à quoi bon désormais faire la chasse aux mécaniques d'exception réputées en espérant améliorer de quelques "poullièmes", puisque l'objet de cette chasse ne sera pas meilleur que celui dont on dispose ? Il reste encore quelques petites pistes d'expérimentations, mais davantage pour démonter les mythes que pour obtenir mieux. Dans tous les cas, voila pour environ 320€ de modifications une véritable transformation. Une transformation qui va permettre plusieurs années durant de redécouvrir toute sa discothèque et prendre plaisir aux nouveaux disques !

Aujourd'hui de nombreuses personnes "font la course à l'armement" du côté de l'amplification et se torturent l'esprit avec des broutilles insignifiantes qui prennent des proportions imbéciles. Rappelons que ce qui est perdu à la source ne pourra jamais être recréé, et cela quelle que que soit la qualité des électroniques d'amplification et la qualité supposée des câbles, des supports et autres gadgets onéreux et du domaine de la magie. Mes amis, portez beaucoup d'attention aux enceintes et aussi aux sources, et le reste vous réservera des heures de plaisir auditif !